Journée Mondiale Sans Voiture : peut-on réellement s’en passer ?

La semaine du 16 au 22 septembre a été marqué par des divers débats sur les transports. Ces derniers sont la première source de pollution en France avec 39% des émissions totales de CO2 l’hexagone. Logique donc que ce secteur soit questionné dans un contexte d’urgence climatique. Et évidemment, la voiture est pointée du doigt comme principale responsable. Elle qui représente 82% des trajets en France et 80% de la pollution liée aux transports. Mais sur quelles alternatives peut-on sereinement se tourner ?

Le Vélo, tête de peloton du transport écolo

Champion de l’écologie pour se déplacer, avec la marche à pied, le vélo présente une émission carbone nulle hormis sa fabrication et son entretien ponctuel. Inventé en 1817 par le baron allemand Karl Von Drais, le vélo n’a jamais été autant à la mode.

Rencontre avec Arthur Hamot, membre de Green On, entreprise française, qui veut révolutionner nos habitudes pour les trajets courts.
 

Bonjour Arthur, merci d’avoir répondu positivement à notre appel. Pouvez-vous, s’il vous plaît,nous expliquer rapidement ce qu’est Green On et les services proposés ?

 
Nous sommes une société innovante française, qui se définit comme « opérateur ingénieux de vélo-mobilité ». Plus concrètement, nous portons une offre multi-métiers capable de répondre à l’ensemble des besoins des entreprises, des collectivités, et des acteurs du tourisme et de l’immobilier en matière de déplacements à vélo : conception des services, installation de parcs de vélos, vélos électriques ou trottinettes électriques partagés ou attribués aux personnes, aménagement de locaux avec du mobilier vélo, installation d‘abris, et enfin exploitation commerciale et technique de ces services.
Notre offre principale est le vélopartage électrique : un système de stations qui sécurisent et rechargent des vélos à assistance électrique, que l’on peut emprunter via une plateforme, avec un badge ou bien un code. Notre spécificité, c’est de proposer des systèmes de vélopartage sur-mesure et modulables : nous pouvons adapter tout type de VAE* sur la station – plusieurs marques de vélos électriques, des trottinettes, des vélos cargo, etc. ce qui en fait un service multimodal. Le nombre de bornes est évolutif : on peut en essayer 5, puis en rajouter davantage ou en ôter en fonction de l’intérêt des usagers.

*VAE : Véhicule à Assistance Électrique

Comment est né Green On ?

 
Green On est née en 2009, soit un an après Vélib’ à Paris. Nous avons vu dans ce contexte favorable au vélo que plus de 70 % des déplacements domicile-travail de moins de 5 km sont faits en voiture. Le vélo électrique n’était pas encore si connu, pourtant il était déjà extrêmement pertinent dans le cadre professionnel et au vu de ces chiffres. Nous avons donc proposé aux entreprises de se doter de flottes de vélos électriques partagés, à l’aide de casiers renfermant les clés et de bornes de recharge. Nous avons depuis évolué vers la station et le système 100% automatique.

Qu’est-ce qu’un “vélo partage électrique en entreprise”, un domaine dans lequel vous vous positionnez en tant que pionnier ?

Le vélopartage électrique en entreprise est semblable aux modèles de Vélib’ et autres vélos en libre- service publics ; ils ont cependant la spécificité de n’être utilisables que par les salariés de l’entreprise qui accueille le service. Il s’agit alors d’une flotte de vélos électriques de services, au même titre que des voitures de service, que tous les collaborateurs se partagent pour leurs déplacements quotidiens : la pause de midi, partir en réunion, se déplacer sur un grand site, et même rentrer chez soi le soir.

Vous proposez un “Compteur de mobilité” sur votre site internet. Pouvez-vous nous expliquer comment il fonctionne et sur quelles données vous vous basez pour faire ces estimations ?

 
Il s’agit d’un calculateur qui compare l’utilisation d’un VAE à une voiture individuelle : le VAE, sur des distances de 5km par exemple, est plus rapide que la voiture, moins cher en termes de consommation d’essence, et moins polluant en matière de CO2. Nous proposons ainsi de mettre en balance les modes de transports, pour voir si déployer une station de VAE est pertinent, en fonction de ce que l’entreprise connaît de ses salariés (le nombre de kilomètres parcourus en moyenne pour venir, le mode de transport, etc.). Les données mobilisées dans ce calculateur sont principalement tirées des études ADEME sur le sujet. Et il faut enfin préciser que le résultat de ce comparateur n’a pas de valeur scientifique ni commerciale, c’est simplement une porte d’entrée facile et ludique vers une réflexion plus poussée sur le vélo comme alternative à la voiture individuelle.

Que pensez-vous des alternatives à la voiture en France ? Quels sont les points d’améliorations selon vous ?

 
Il n’existe en France pas assez d’alternatives à la voiture en dehors des grandes villes. Et même dans ces villes, les transports en commun pourraient atteindre un point de saturation malgré d’énormes investissements. Les services de vélos et trottinettes en « free floating » sont balbutiants et attendent encore une réglementation afin d’organiser l’occupation de l’espace public qu’ils supposent. En dehors des villes, dans les zones rurales ou périurbaines, il existe très peu d’alternatives en dehors du covoiturage. C’est d’ailleurs dans ce sens que la Banque des Territoires, du Groupe Caisse des Dépôts, est entrée dans notre capital en mai 2018. Il s’agit notamment de proposer aux villes petites et moyennes un service sur-mesure de vélos électriques partagés. Dans la même idée que pour les
entreprises, nous offrons aujourd’hui ces services aux territoires ruraux : implanter des stations, fournir des VAE pour les riverains comme aux touristes potentiels, car sur dans ces régions la mobilité quotidienne rejoint bien souvent la question de l’attractivité touristique.
C’est d’ailleurs aujourd’hui l’un des points d’amélioration les plus impérieux : développer le vélo dans les zones rurales, où il était très utilisé dans le passé, mais qui de nos jours ne proposent pas encore suffisamment d’infrastructures dédiées comme des pistes cyclables.

Une très grande majorité des trajets, même courts, se font en voiture en France. Quels facteurs pourraient permettre d’inverser la tendance et démocratiser l’usage d’alternatives comme le vélo ou la trottinette selon vous ?

 
Le vélo est encore la meilleure alternative pour les trajets courts, entre 0 et 10km. Mais en France, la part modale du vélo en ville est très faible en comparaison de nos voisins européens. Elle est aujourd’hui estimée à 3 % pour l’ensemble de la France, et 4% à Paris, quand elle est de plus de 50% à Copenhague, 20% à Florence, ou 12% à Berlin. Mais, là où une politique volontariste a été mise en place, on a pu constater une multiplication par deux ou trois des déplacements ayant recours à la bicyclette. Les points d’amélioration relèvent à mon sens d’une approche globale de la problématique : améliorer la sécurité des cyclistes, créer plus d’itinéraires, mieux les baliser, proposer des innovations technologiques permettant de toucher plus de monde (notamment le VAE), mener une politique d’incitation des services de mobilité à vélo (vélos en libre-service, maison du vélo, points de services vélo), déployer des incitations fiscales à la pratique du vélo (au même titre que la voiture a bénéficié depuis plus de 50 ans d’une fiscalité allégée sur le diesel), promouvoir l’usage de la bicyclette dès le plus jeune âge (notamment à l’école), et mille et une autres idées que nos voisins européens ont déjà expérimenté depuis 30 ans…

Quels arguments mettez-vous en avant pour inciter les automobilistes à lâcher leurs volants ?

 
Les arguments en faveur du vélo sont nombreux :

  • Rapide : avec une vitesse moyenne de 15 km/h, le vélo s’impose comme le mode de transport le plusadapté sur des distances de 1 à 5 km ; lorsqu’il est électrique, on passe à près de 20 km/h de moyenne sans transpirer.
  • Pratique : en selle, vous évitez les encombrements et les problèmes de stationnement.
  • Bon pour la santé : c’est prouvé, la pratique du vélo au quotidien entretient la bonne forme et réduit les risques de maladies cardiovasculaires. A noter que dans les zones polluées, le cycliste subit moins fortement la pollution que l’automobiliste. Bon pour l’esprit : commuter à vélo, c’est passer par un sas de décompression en rentrant du travail qui nous aère les méninges.
  • Economique : un peu d’entretien et quelques pièces d’usure sont les seuls frais qu’il occasionne ! Le premier prix d’un vélo s’élève autour de 100 euros, un VAE consomme environ 0,01 c€ par km en électricité.
  • Simple d’utilisation : tout le monde sait faire du vélo ou presque ! Par ailleurs, son utilisation ne demande ni immatriculation ni assurance obligatoire.
  • Autonome : pas besoin de carburant, il fonctionne à l’énergie humaine !
  • Et enfin sans nuisances : en n’émettant ni pollution ni bruit, il est l’ami des citadins…

Travaillez-vous sur des “batteries écolo” pour réduire au maximum l’empreinte carbone de vos vélos et trottinettes électriques ?

 

Nous travaillons en partenariat avec Mobivia, le groupe qui est actionnaire de notre société, au recyclage de nos batteries. Nous avons depuis noué un partenariat pour reconditionner nos batteries et ainsi leur donner une plus grande durée de vie. Ainsi nous essayons d’utiliser la batterie au maximum de ses capacités, et une fois qu’elle n’est plus apte à fonctionner, elle est entièrement démontée, les produits nocifs sont séparés, recyclés. Nous commençons par ailleurs à travailler avec des start-ups françaises sur la remise à neuf de batteries usagées par des processus chimiques de régénération.

Quels sont vos ambitions pour le futur ?

Nous avons aujourd’hui pour ambition de déployer des services de mobilité durable dans tous les territoires en France métropolitaine et dans les territoires d’outre-mer en devenant ainsi un acteur français de référence et plus concrètement en espérant développer toujours plus la pratique du vélo partout où cela a du sens. Nous nous tournons notamment vers les promoteurs immobiliers, qui intègrent dans leurs nouvelles constructions nos services de vélopartage, pour que les futurs résidents aient déjà à disposition un vélo électrique pour se déplacer au quotidien.

Merci à Arthur et toute l’équipe de Green On à laquelle on souhaite une bonne route !