Eco-gestes ou fausses bonnes idées ?

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Saint Bernard de Clairvaux (XIIe siècle)

L’environnement devient une préoccupation majeur aux yeux de plus en plus de monde. Dans une optique de s’engager à son échelle, de nombreux citoyens cherchent des conseils et astuces, aussi appelés “éco-gestes”, pour joindre les actes à la parole. Cependant, entre la multiplication des conseils et astuces
et le manque d’information sur l’écologie, il est parfois difficile de distinguer les fausses bonnes idées. Voici donc un guide non exhaustif pour démêler le vrai du faux, l’utile du futile ?

1- Les sacs en plastiques biodégradables


Le sac plastique traditionnel qui tend à disparaître de nos commerces, a une empreinte carbone d’environ 10g de CO2 par an. L’arrivée du sac en plastique biodégradable dans les grandes surfaces et autres plus petits commerçants a permis d’alléger le bilan carbone de nos courses.
Mais, ces sacs sont-ils vraiment biodégradables ? C’est-à-dire des sacs qui une fois inutilisables deviennent, selon la définition de biodégradable donnée par le Larousse : “des déchets qu’une action bactérienne, naturelle ou induite, décompose assez rapidement et fait disparaître de l’environnement en les convertissant en molécules simples utilisables par les plantes” ?





Les chercheurs de l’Université Marine Litter Research Unit ont publié une étude assez inquiétante dans le journal Environmental Science and Technology. Le constat est simple : trois ans après avoir été délaissés dans la nature, les sacs composés de bioplastiques, sont intacts. L’unique petite consolation provient des sacs en plastique compostables qui eux disparaissent complètement au bout de trois moisCela reste tout de même une améliroration comparé aux sacs classiques qui nécessitent 5 siècles ans pour disparaître, mais le terme biodégradable est donc ici, en quelque sorte un abus de langage. Comment faire ? Opter pour le tote bag ? Pas si simple non plus…

2- Le Tote Bag

 

En tissu, le tote bag est à la mode depuis plusieurs années. L’interdiction des sacs plastiques à usage unique en France depuis 2017, a ajouté une dimension écologique à cette tendance. Seulement voilà, selon l’Agence Danoise de Protection de l’Environnement, pour que le tote bag soit un “accessoire écolo”, il faudrait que son ou sa propriétaire l’emploie à 149 fois !
Pour avoir un impact positif, le tote bag doit donc être réutilisé au maximum et non pas succomber au fast-fashion, que des marques essayent d’enrayer. Le danger résidant dans le fait que le sac est devenu un objet marketing, distribué dans tous les salons et autres événements.

3 – Ne pas abuser du fait maison, l’exemple de la lessive

On parle ici de la lessive liquide faîtes maison qui abîme les canalisations et nécessite une plus grande quantité qu’une lessive classique. A la place, il est plus écologique d’avoir recours à de la lessive en poudre, comme expliqué dans la vidéo ci-dessus.


4- Penser que le bio résout tous les maux

La question n’est pas de remettre en question les bienfaits sur la santé du bio comparé aux autres produits classiques, mais son impact environnemental. En effet, d’un point de vue écologique, l’élève modèle des rayons de supermarchés est le circuit-court. En plus d’aider les producteurs locales, l’achat de ces produits est le plus économe en CO2. Compte tenu d’un recours moindre en pesticides, le bio reste une alternative écolo mais un kiwi bio d’Argentine polluera plus qu’un kiwi classique français. Quant aux produits bio et locaux, nous n’avons pas les mots… ils sont nos petits chouchou !

5 – Vouloir éviter à tout prix la photocopieuse, et conserver ses mails à place



Il y a ici un biais cognitif qui peut nous faire penser qu’un mail est virtuel et ne pollue pas alors qu’un papier imprimé est matériel et sa pollution est en quelque sorte palpable. Encore faux ! Un mail émet en moyenne 10g de CO2 par an. La principale raison de ce bilan carbone est le stockage des mails qui implique une activité accrue des data centers. Dans La Face Cachée du Numérique en 2011, l’ADEME a proposé plusieurs recommandations pour devenir un internaute responsable. Parmi ses conseils, l’agence préconise, à partir d’un certains temps de consultation, l’impression plutôt que le stockage ou le transfert du mail.


3 minutes et 24 secondes. C’est le temps à partir duquel il devient plus écologique d’imprimer le mail plutôt que de le conserver sur sa boîte. Au-delà de 12 minutes et 12 secondes, garder le mail revient à être plus polluant qu’une impression couleur. Et pour tous vos anciens mails, que vous gardez sans trop savoir pourquoi, n’hésitez pas à tester notre application gratuite qui s’occupera du ménage pour vous !

Alors on fait quoi ? On baisse les bras ?

Evidemment, il ne faut pas désespérer et se dire que tous ces efforts sont vains. Cependant il ne faut pas non plus abandonner son esprit critique et accorder une confiance aveugle aux labels et aux qualificatifs se voulant rassurants. Ainsi, même si le terme recyclable est apposé sur un produit, il ne faut pas oublier que seulement 20% des matières recyclables sont recyclées en France. Un taux trop faible compte tenu des ressources polluantes mobilisées pour recycler. Il est notamment préconisé de limiter notre production d’emballages directement à la source. En privilégiant au maximum l’achat en vrac, la consigne et autres solutions durables.